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Le blog de dynamiquedephilosophie.over-blog.com

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participation à l’intégration effective de la philosophie dans la société. point de rencontre des chercheurs du monde.

Problématique du bonheur et du temps chez Plotin

Balla Avang François

Master en philosophie

Faculté de philosophie, Université de Yaoundé I

Tél. (237) 96 25 88 78

 ballaavangfrancois@yahoo.fr

 

 

 

 

Problématique du bonheur et du temps
chez Plotin.

 

 

Table des matières

     Introduction.

I – Plotin : le fait d’être heureux plus longtemps n’accroît pas le bonheur.

  1. Nature : bonheur et temps.
  1. A quel temps perçoit-on le bonheur ?
  2. La mesure du temps.
  3. Les actions et le bonheur.
  1. De la différence entre le bonheur, les peines et les douleurs.

II – Des difficultés de mener une réflexion sur la relation bonheur et temps.

  1.  Le bonheur n’est pas une chose d’un instant.
  2. Le bonheur est une activité.
  3. L’activité constante est un obstacle au bonheur.

III – Le plotinisme comme philosophie du présent.

  1. Au-delà des critiques.
  2. Le plotinisme : quel apport pour l’Afrique actuelle ? 

Conclusion.                         

Bibliographie.

 

 

 

 

Introduction.

       L’objet de notre réflexion est un extrait de texte des Traités 30-37 de Plotin[1], traduit sous la direction de Luc Brisson et Jean-François Pradeau et plus précisément, le Traité 36 (I, 5), intitulé : « Si le bonheur s’accroît avec le temps », qui nous a été présenté et traduit par Richard Dufour. Plotin est au cœur du débat éthique antique qui opposait les aristotéliciens aux stoïciens et aux épicuriens. Il expose ici sa position sur la question de la signification du bonheur en rapport avec le temps. Le temps fait-il croître le bonheur ? Peut-on légitiment parler du bonheur et du temps sans toutefois se tromper dans la mesure où ceux-ci sont exclusivement intelligibles et nous mettent en conflit avec le passé et le présent ? Qu’est-ce que le bonheur et le temps selon Plotin ? Quelles sont les critiques adressées au Plotinisme et quelle mission peut avoir cette doctrine dans l’Afrique actuelle ? Notre devoir va donc se présenter en trois étapes : premièrement nous allons exposer la pensée plotinienne, montrer pourquoi celui-ci affirme que le bonheur ne croit pas avec le temps, et deuxièmement, présenter les limites qui découlent de son assertion, et enfin nous allons philosopher sur l’avenir du plotinisme.  

 

 

 

 

 

                                                        

 

 

 

I – Plotin : le fait d’être heureux plus longtemps n’accroît pas le bonheur.

  1. Nature : bonheur et temps.

       Pour Plotin, le bonheur ne s’accroît pas avec le temps, car celui-ci n’est pas un facteur d’accroissement, mais plutôt une disposition a partir duquel on saisi le bonheur. En  «ce souvenir d’un moment de bonheur n’apporte rien de plus, et le bonheur réside non dans le fait de dire que l’on est heureux, mais dans le fait d’être en une certaine disposition » [2]. Le bonheur est un état psychique qui ne résulte pas des actes externes, il appartient à une vie première et la meilleure est celle de l’intellect, car celle-ci transcende la durée et se situe dans l’éternité. Le véritable bonheur est donc intemporel, invariable, et ne peut être augmenté par un plaisir du passé.

        Le temps pour Platon est « une image mobile de l’éternité »[3]. Plotin récupère cette définition mais délaisse la notion de mobilité. Le temps est donc pour Plotin « une image de l’éternité » et celui-ci dépend de son modèle d’existence et de permanence. La spécificité du temps est de s’accroître et de se répandre dans la multiplicité et dans l’extension. Mais, il faut souligner que tel n’est pas le cas de l’éternité, car celui-ci reste semblable et sans accroissement. L’image a pour particularité d’abolir la permanence de l’éternité. « Il s’ensuit que la permanence inhérente à l’éternité périrait, si on la retirait de l’éternité et qu’on la mettait dans l’image ; la permanence est préservée aussi longtemps qu’elle est rattachée en quelque manière à l’éternité, mais elle périrait si elle venait à se trouver toute entière dans l’image ». Toutefois, si le bonheur ne se limite pas à la simple saisie empirique de l’individu mais se trouve plutôt à un moment précis de l’histoire, quel est donc ce moment ?

 

 

2. A quel temps perçoit-on le bonheur ?

 

    Le bonheur pour Plotin se saisit exclusivement au présent, car le passé n’apporte rien de plus à l’instant présent. « C’est dans le présent qu’une disposition existe, comme l’activité de la vie ». Percevoir « un plus grand bonheur » donc, signifie affirmer la mort du passé, parce que c’est dans l’acte présent que le bonheur se déploie. Le bonheur vécu dans le passé et réapparu au présent au moyen du souvenir n’exprime aucunement un progrès unitaire. La sensation que nous avons du bonheur présent n’est du qu’au fait de l’apparition d’un plus « grand bonheur », car l’homme loin d’être une chose stable est plutôt une chose pesante [4] et dynamique qui se donne au quotidien des raisons plus grandes de poursuivre son existence. Si donc un homme affirme son désir de vivre, c’est simplement parce qu’il a trouvé des raisons plus grandes dans le temps qui lui permettant d’objecter pour une vie futur. Dans ce cas, « le bonheur du lendemain sera plus grand que celui d’aujourd’hui ; le bonheur suivant sera toujours plus grand que le précédent »[5], la norme du bonheur par conséquent ne serra plus la simple vertu, mais plutôt l’ascension intellectuelle au cours de laquelle découlera une plus grande vertu. L’objet que perçoit le désir est quelque chose qui apparient au présent. Le désir d’une vie futur est marqué par les dispositions du présent, car l’existence appartient au présent. Le désir postule toujours pour quelque chose de futur, mais il faut souligner que ce désir est centré sur l’atout que nous avons et sur ce qui existe à présent, on ne désire non pas les choses du passé, non plus ceux de l’avenir, mais plutôt ceux dont on possède actuellement de façon pratique et continue d’exister.

     En somme, l’homme ne désire pas les choses qui se meuvent éternellement, mais souhaite plutôt que l’acquit présent soit permanent. Pour Plotin donc désirer quelque chose de futur, c’est vouloir que le bonheur présent continu à être présent. Et cette affirmation est valable pour le désir, le plaisir et la souffrance qui n’existent qu’au présent et ne croissent pas au présent avec les valeurs du passé. Ainsi, il est absurde d’affirmer qu’un homme qui a vécu plusieurs années avec un même objet est plus heureux que celui qui ne l’a que contemplé une fois, parce que, ici le résultat de satisfaction est le même. Car si celui qui estime avoir passé plus de temps avec l’objet avait « discerné cet objet avec plus de précision, le temps lui aurait en effet apporté quelque chose de plus ». Cependant, s’il est resté statique dans sa contemplation, il n’y a pas de différence avec celui qui l’observe une fois. Le bonheur n’est pas une activité, mais plutôt une disposition qui se saisi au présent et la somme de nos actes n’accroissent non plus le bonheur.

 

 

 

3.  De la différence entre le bonheur, les peines et les douleurs.

 

     Plotin dans cette seconde articulation s’interroge sur la question du mal, la douleur en rapport au bonheur. « Supposons qu’une personne soit heureuse du début à la fin, qu’une autre le soit seulement à la fin et qu’une autre heureuse au début devienne malheureux : ont-elles toutes une part égale au bonheur ? ».

      Nous comparons ici, une personne heureuse à plusieurs personnes malheureuses parce que comme l’avons cité ci-avant, le bonheur ne s’érode pas avec le temps. En effet, une personne qui a véritablement été heureuse ne peut que l’être jusqu’à la fin, car le bonheur appartient à l’âme et celui-ci se déploie à travers « l’intellect, laquelle transcende la temporalité et se situe dans l’éternité »[6]. L’intellect est premier et parfait, il ne s’évalue pas en quantité à travers l’espace, la satisfaction qu’il émet est stable, car le bonheur ici est complet, immuable et atemporel. Mais tel n’est pas le cas au niveau des peines et des douleurs.

     Dans le cas des peines et des douleurs, « on pourrait dire que le temps les fait croître », le cas de la maladie est explicite. Car plus la maladie persiste, plus le corps se déprave par conséquent, on se sent plus mal. De même que si le « dommage » corporel ne progresse pas, « la souffrance même dans ces circonstances sera toujours quelque chose de présent ». Dans cette articulation, Plotin veut montrer que la sensation du passé ne peut s’additionner à celle du présent, le passé étant absent à cause de la présence d’une sensation plus grande. Le mal ne progresse aucunement avec la douleur qui se cumule dans le temps, mais plutôt par son propre être parce que l’état du patient est conditionné par la longévité de la maladie. Cette vue est valable aussi pour le cas du malheur. C’est par la naissance d’un plus grand mal que le malheur croît et non pas par la persistance de son activité. Cependant, il ne faudrait pas assimiler cette conception au bonheur.

    Dans le cas du bonheur, il existe une fin qui reste toujours statique. Le bonheur n’est pas variant, il est intemporel. Le sentiment de croissance que nous ressentons du bonheur n’est que le constat de la sensation du passée anéanti dans le présent par un plus grand bonheur. Plotin souligne ainsi que : « ce qui rend digne d’éloges, ce n’est pas le fait que l’on peut compter un grand nombre d’années de bonheur, mais le fait que l’on a atteint un bonheur plus grand au moment où il est atteint. ».

4.  La mesure du temps.

     Il est possible de compter le temps et même les choses qui n’existent plus, car nous pouvons par exemple dénombrer le nombre de morts, mais il faut souligner que le bonheur des morts est absent dans le présent. On ne peut pas aussi affirmer que le souvenir ou le bonheur des morts deviendra plus grand dans le présent « car le bonheur se doit d’exister tout entier, alors que le temps qui va au-delà du présent ne peut plus exister ».  La vie bonne est ce qui est, elle est éternelle statique et intemporelle. Il ne faut pas rattacher « l’être au non-être, ni le temps à l’éternité, ni la permanence à l’éternité ». Pour connaître l’essence des choses, il faut les saisir dans l’ensemble et chercher à savoir ce qui fait leur éternité.

     Le souvenir d’un plaisir[7] ou d’un acte passé n’accroît pas le bonheur. Prenons le cas de la réflexion, il serait « banale » pour Plotin de soutenir que le souvenir d’une réflexion s’est perpétuée dans le présent en produisant « un plus grand bonheur », car le souvenir n’a pour fonction ici, que de faire croître la réflexion  et non le bonheur. Il serait donc absurde de dire du souvenir d’un repas qu’on a consommé dans son enfance qu’aujourd’hui on éprouve encore exactement la même sensation, et, que cela produit en nous du bonheur à force d’y penser. Car c’est généralement lorsqu’un homme est dépourvu de belles choses dans le présent qu’il évoque le passé au moyen du souvenir afin d’essayer de réparer le déficit du présent. Mais cette entreprise reste toujours oisive et sans portée dans la mesure où, pour qu’il ait un grand bonheur, il faut qu’il ait destruction du passé, et non addition du passé au présent, si non cela serait additionner le non-être à l’être. Plotin place cette attitude d’évocation du souvenir dans la nature humaine.

 

 

5. Les actions et le bonheur.

    Bien que le temps nous permette souvent d’accomplir plusieurs actes, le bonheur malheureusement ne dépend pas de la somme des actions vertueuses que l’on pose. Pour Plotin, « s’il faut qualifier d’« heureux », au sens plein du terme, (c’est) celui qui le devient sans avoir accompli un grand nombre de belles actions », car quelqu’un de vicieux tout comme un sage peut accomplir de belles actions et satisfaire le peuple. Ce n’est donc pas l’action qui féconde le sentiment qui rend l’homme heureux, c’est plutôt l’inverse ; c’est l’état, la disposition qui engendre le bonheur.

    En effet la contemplation, l’âme qui rejoint l’intellect est plus grande que le bonheur de l’homme d’action. C’est l’état de l’âme qui donne un sens à l’action, l’action ne suffit pas pour engendrer le bonheur, car il ne suffit pas d’être vertueux pour accomplir une action vertueuse. Le bonheur et la vertu sont des états de conscience qui n’appartiennent pas à l’action. Il existe ainsi une différence papable entre ces notions, pendant que l’action porte sur les objets externes et accidentels, le bonheur quant à lui est interne et constant. C’est dans ce sens que Plotin souligne que : « placer le bonheur dans les actions, cela revient à le placer dans les choses qui sont extérieures à la vertu et à l’âme ». Le bonheur [8] s’applique à l’âme et à son activité, mais c’est uniquement l’âme excellente et intellective qui permet à l’homme d’accéder au bonheur, « car l’activité de l’âme réside dans la réflexion et dans le fait d’accomplir en elle-même une activité de ce genre. Voilà en quoi consiste le bonheur ».

 

II – Des difficultés de mener une réflexion sur la relation bonheur et temps.

    Le bonheur et le temps sont deux notions hermétiques, car ceux-ci sont perçus par certains par l’extérieur au travers des actions avec Aristote ; et pour d’autres, de l’intérieur à travers l’intellect comme nous l’avons souligné ci-avant avec Plotin. Quels sont donc les obstacles à la compréhension de ces notions ? Se ranger du coté de la pensée plotinienne sans toutefois examiner les autres horizons philosophiques distincte de cette pensée n’oisive pas notre réflexion ?

  1. Le bonheur n’est pas une chose périodique.

    À l’inverse de Plotin qui pense qu’on peut être heureux sans avoir accompli un bon nombre d’actions, parce que le bonheur est une disposition de l’intérieur, Aristote affirme plutôt que la vertu apparaît sous un double aspect, l’un intellectuel, l’autre moral ; la vertu intellectuelle provient en majeure partie de l’instruction, dont elle a besoin pour se manifester et se développer ; aussi exige-t-elle de la pratique et du temps, tandisque la vertu morale est fille des bonnes habitudes. Aucune vertu morale ne naît naturellement en nous, c’est la nature au moyen de l’habitude qui cordonne tout. Par exemple, « la pierre qu’entraîne la pesanteur ne peut contracter l’habitude contraire, même si, un nombre incalculable de fois, on la jette en l’air ; le feu monte et ne saurait descendre ; et il en va de même pour tous les corps, qui ne peuvent modifier leur habitude originelle »[9]. En effet,  il faut après avoir acquis les vertus civiques, acquérir aussi les vertus intellectuelles, ceux-ci qui ne surviennent malheureusement qu’à la suite de l’habitude, la répétition d’actions vertueuses, et par conséquent demandent du temps. Le bonheur n’est donc pas une chose d’un instant comme le souligne Plotin, car il faut bien mener nos actions durant un certains temps afin d’être heureux.

    En somme, pour Aristote, « le bonheur, c’est de vivre et agir », il faut accumuler les actions vertueuses durant une longue période pour qu’elle soit qualifiée d’« heureuse ». Le bonheur chez lui a un aspect progressif et répétitif de l’infini au présent, car l’argument requiert que le bonheur grandisse au fur et à mesure que le désir de vivre se voit satisfait. Aristote donne donc un apport positif au temps dans la croissance du bonheur, puisqu’il pense qu’un homme est heureux que si son bonheur est continue, le bien heureux est celui dont la félicité[10] persiste jusqu'à sa mort. De plus pour lui, tout être est prédisposé à acquérir les vertus, car celles-ci garantissent une vie heureuse, mais le principal est de les faire passer à l’acte, et de les améliorer par l’habitude. Toutefois, quel est l’impact de l’activité dans la quête du bonheur ?

  1. Le bonheur est activité.

     Dans sa conception du bonheur, Aristote ne se limite pas à la vertu : le bonheur ne peut être achevé sans les biens du corps et les biens extérieurs. Aussi le bonheur de l’homme, s’il dépend de lui, dépend aussi des circonstances extérieures ; dire comme les Stoïciens que le sage est heureux jusque sous la torture, c’est digresser. Au contraire, l’homme vertueux est celui qui compose avec les circonstances pour agir avec toujours le plus de noblesse possible : l’homme se contente du meilleur possible, sans être passif, et ne recherche pas un illusoire absolu. Dans l’Ethique a Nicomaque, Aristote situe le bonheur dans l’acte, cette vision qui pourtant est réfuter par Plotin qui pense plutôt que : « placer le bonheur dans les actions, cela revient à le placer dans les choses qui sont extérieures à la vertu et à l’âme ».

    L’acte pour Aristote est un atout nécessaire pour accéder à la félicité, car le bonheur est une « activité de l’âme conforme à la vertu »[11]. Mais il faut souligner que les biens poursuivis par les praxis et productions n’ont pas une nature commune. Ils appartiennent à des catégories différentes, par exemple : l’intellect est un bien substance, les vertus sont des biens-qualités, la juste mesure un bien-quantité, l’utile un bien relation, l’occasion un bien-temps, l’habitat un bien-lieu. Tout être humain à la naissance est susceptible d’être heureux, nul n’est né inapte à la vertu. Le bonheur dépend de nous, dans la mesure où il est une activité volontaire. Mais il ne dépend pas entièrement de nous. La mauvaise fortune peut nous empêcher d’être heureux, même si on est vertueux, tel est le cas de Priam qui a connu une vie prospère mais une fin malheureuse, pour Aristote il n’a pas été heureux. La vertu dépend de l’éducation, et celle-ci n’est pas en notre pouvoir Aristote admet qu’on peut avoir la malchance de recevoir une mauvaise éducation, et que si c’est le cas on peut devenir inapte à la vertu et donc au bonheur. Si l’homme est constamment confronté à l’action, peut-on légitimement affirmer sans toutefois se tromper que le bonheur réside exclusivement dans cet état ?

 

  1. L’activité constante est un obstacle au bonheur.

 

     La notion de bonheur est difficile à saisir à cause de sa relation avec le temps qui est croissant, et aussi, parce que c’est dans l’activité qu’on le perçoit comme nous l’avons souligné ci-haut avec Aristote. Toutefois, il ne faut pas confondre le plaisir au bonheur, car le plaisir qui est de l’ordre de la satisfaction accidentelle peut nuire au bonheur, il est simple à atteindre et pratiquement toujours présent dans nos vies. Or le bonheur qui lui est plus essentiel pour nous, en tant qu’il est constitutif de notre être, semble être difficile à se procurer, se rencontre rarement, et même peut-être jamais si nous nous penchons sur les exigences Aristotélicienne de la vie vertueuse, car souligne-t-il : « ce n’est pas en tant qu’homme qu’on vivra de cette façon, mais en tant que quelque élément divin est présent en nous »[12]. Le bonheur sous ce regard ne serait-il pas réservé exclusivement qu’aux divinités ?

     Notre lecture des Pensées de Pascal peut nous amener à affirmer que le bonheur ne serait qu’une affaire de divinités. Car si nous prenons le bonheur comme un état de satisfaction au repos, il nous apparaîtra énergiquement que les hommes sont sans cesse occupés, agités, et leur agitation est cause de tracas, et même souvent de malheurs, par conséquent ils ne restent jamais tranquilles chez eux. « Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide », mais malheureusement la quête de l’activité qui produit le bonheur est consumé par le malheur, dans la mesure où les divertissements engendre la colère, les querelles, les guerres, les périls et les peines. Dans ce cadre Pascal souligne que : « (…) tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez lui avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer (…) et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir les raisons, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective, qui consiste dans le misère naturelle de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de plus près »[13].

    En somme, au regard des exigences[14] aristotéliciennes qui nous plongent constamment dans l’activité et entraînent en nous l’angoisse, le bonheur se présente comme lointain de notre être et par conséquent, il ne serait pas absurde de légitimer la pensée pascalienne articule que, à cause de l’instabilité, l’homme mène une vie de malheureuse. Toutefois faut-il affirmer que le plotinisme durant tout ce temps a été oisif et creux ? Quel avenir donc pour cette doctrine ?

 

 

III – Le plotinisme comme philosophie du présent.

1        . Au-delà des critiques.

    Au delà des limites exposés par l’aristotélicisme et des observations d’Alain à l’égard du plotinisme, cette doctrine subsiste et se pose comme une philosophie pouvant permettre à l’homme de répondre au question portant sur la pression du sens de l’existence, de l’excellence (valeurs qui élèvent l’homme et différents de l’acquis), de la durée ou de l’éternité face au scandale de la mort.

    En effet, Plotin dévoile dans l’Ennéade 36, l’origine des sentiments que nous éprouvons et sous entendu, comment nous devons concevoir les événements heureux et malheureux qui infestent notre quotidien afin d’avoir une vie heureuse. Cette doctrine maintient la flamme de la philosophie en urgence par rapport aux problèmes du présent. Plotin exprime l’importance du temps dans l’activité humaine qui a pour fin selon Aristote : le bonheur. Il insiste sur le présent et dénie le passé, car pour lui la vie est présente, le bonheur se trouve au présent. C’est généralement en carence de bonheur dans le présent que nous évoquons le passé pour essayer de palier cette disette, mais cette activité pour Plotin reste toujours oisive. Ce qu’il y’a lieu de faire face à la pression de l’existence, c’est de vivre la vie de l’intellect, laquelle transcende la temporalité et se situe dans l’éternité. Parce que souligne-t-il, cette vie est parfaite et ne connaît ni plus, ni moins l’étendue ou l’influence temporelle. Le plotinisme subsiste à l’érosion temporelle, s’actualise et se réactualise en se posant comme une doctrine pouvant relever les problèmes du présent. Que peut apporter cette doctrine à l’Afrique ?

 

 

2        . Le plotinisme : quel apport pour l’Afrique actuelle ?

      Le plotinisme est une nécessité pour l’Afrique actuelle car il se présente comme une philosophie du présent. C’est une doctrine du progrès qui fait une rupture radicale avec le passé qui n’a pas une grande importance dans le présent. Plotin prône le dynamisme, l’action, car dans le Traité 27, il souligne que : « Chaque âme est et devient ce qu’elle contemple ». Cette doctrine invite l’africain au travail, au choix, au dépassement selon Grégoire de Nysse, parce que : « la nature humaine est capable d’accepter ce qu’elle veut et elle se modifie en fonction même de l’orientation de son choix»[15].

 

     Le plotinisme est un appelle au labeur constant pour l’amélioration des conditions existentielles, c’est une invitation aux actions vertueuses tout en mettant un accent très particulier sur le présent, car la quête du bonheur est, et se trouve au présent. « Le passé ne peut s’ajouter au bonheur présent : le bonheur se déploie uniquement dans le présent […] Il en va pareillement du désir, du plaisir ou de la souffrance, qui tous n’existe qu’au présent et qui ne s’ajoutent jamais à ce qui, d’eux, est révolu »[16]. L’évocation donc de notre passé ancestrale qui est généralement remémorer par les philosophies ethniques est certes bien, mais cette activité ne nous apporte pas au présent « un grand bonheur », car pour que celui-ci survienne, il faut qu’il ait nécessairement une satisfaction supérieure qui détruira le sentiment du passé, et ce n’est pas dans la contemplation des vestiges du passé que cette croissance surviendra, mais plutôt dans la prise de conscience des problèmes de notre temps, du travail acharné et régulé par l’intellect qui a pour particularité de transcender la temporalité et se situer dans l’éternité que l’Afrique trouvera son envol.

     Le plotinisme invite l’Africain à s’élever et à dépasser l’illusion du passé, car se souvenir  des actes qu’on poser Chaka Zoulou, Samory ou Soundiata Keita ne nous apporte rien de concret face à notre situation actuelle, si ce n’est l’histoire d’un passé glorieux, gloire qui aussi n’engendre rien de plus sur le plan du bonheur. Le plotinisme se pose donc comme une doctrine de réveil, il peut être un outil pour nos politiques africaines, car il nous montre les limites de nos conceptions du passé en rapport avec ceux du présent, il nous invite à la méditation constante. Sa substance peut permettre à nos dirigeants de revoir leur position sur la question de la misère, de la dictature, de la violence, des guerres qui n’engendrent que le malheur en Afrique. Aussi dans le Traité 32, il expose la portée du bien dans la vie et affirme que ce bien est à la potée de la volonté humaine : « le Bien est plein de douceur, de bienveillance et de délicatesse. Il est toujours à la disposition de qui le désire ». En effet, les gouvernements africains gagneraient à revoir la doctrine plotinienne, car elle prêche le Bien et celui-ci produit le Bonheur, « un grand bonheur », intellectuel, actif et présent.

 

 

 

 

Conclusion.

            Au total de notre réflexion qui était porté sur l’Ennéade 36 (I, 5) de Plotin qui s’interrogeait sur la question qui est de savoir si le fait d’être heureux plus longtemps implique l’accroissement du bonheur, nous sommes arrivés avec Plotin à constater que le bonheur ayant pour particularité l’éternité n’était pas tributaire du temps et par conséquent, on ne pouvait pas parler de croissance. Mais en seconde partie, il nous est avéré qu’il fallait souligner quelques réserves ; car avec Aristote, le bonheur est dans l’activité constante, et par conséquent, il s’obtient dans l’habitude et à la suite d’un long labeur ce qui n’est pas le cas chez Plotin. Toutefois au-delà de cette critique, nous pensons que la pensée plotinienne avant de dénier la croissance du bonheur par rapport au temps situe d’abord le moment de perception du bonheur, qui est le présent, et aussi mentionne sa zone de sensation qui est de l’intérieur. Cette articulation nous amènes donc à constater que le bonheur du contemplatif, celui de l’âme qui rejoint l’intellect est supérieur au bonheur de l’action qui est extérieur à l’homme. La pensée plotinienne qui se présente comme une pensée du présent devrait donc être réexaminé par les intellectuelles et gouvernements africains afin de ressortir et exploiter sa substance pour transcender les problèmes qui obstruent notre quotidien.

 

 

Bibliographie.

-     Ouvrages sur l’auteur.

  • Plotin, Traités 30-37, traduit sous la direction de Luc Brisson et Jean-François Pradeau, Garnier Flammarion.
  • Plotin, Ennéades, édité par Émile Bréhier, 7 vol., texte grec et traduction, Les Belles Lettres, 1924/1927, présentation, traduction et notes sous la direction de Luc Brisson et Jean-François Pradeau, Garnier Flammarion.

-     Autres ouvrages.

  • Pascal, Les pensées.
  • Aristote, Ethique à Nicomaque,
  • Platon, Timée 37d5-6.
  • René Descartes, Méditations métaphysique

-     Liens externes.



[1] - Plotin né en Egypte au début du IIIe siècle après. J.-C Plotin est un philosophe né en 205 après J.-C. à Lycopolis, en Égypte, et mort en 270 en Campanie, près de Naples. Il est l'auteur des Ennéades qui contient l'essentiel de sa philosophie. Il est considéré comme le fondateur (malgré Ammonios Saccas) de la pensée néoplatonicienne et le premier scolarque, recteur de l'école néoplatonicienne de Rome

[2] - Plotin, Traité 36 (I, 5), p.367

3 - Platon, Timée 37d5-6.

[4] - René Descartes, Méditations métaphysique

[5] - Traité 36, p. 367

[6] -Plotin, Ennéades 36 (I, 5), notice commentaire, p.363,

[7] - Epicure affirme au contraire que le souvenir des plaisirs passés font durer et même croître le plaisir présent. Le sage ajoute aux plaisir présent les plaisir avenir (Long et Sedley, 211)

[8] - Aristote soutient dans son Ethique à Nicomaque que le bonheur est une activité de l’âme

[9] - Aristote, Ethique à Nicomaque, livre II

[10] - Aristote, Ethique à Nicomaque I, II

[11] - Aristote, Ethique à Nicomaque, livre I

[12]- Cf. Aristote, Ethique à Nicomaque, livre X, 1, 1177b :  

[13] - Pascal, Pensées

[14] - Dans l’Ethique à Nicomaque, Aristote souligne que l’acquisition des vertus ne se fait pas en un jour.

[15] - Grégoire de Nysse, IVe homélie sur le Cantique des cantiques.

 

 

[16] - Plotin, Traité 36 (I, 5), 8,10-16).

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