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Le blog de dynamiquedephilosophie.over-blog.com

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participation à l’intégration effective de la philosophie dans la société. point de rencontre des chercheurs du monde.

Pr. Franklin Nyamsi: Le peuple camerounais révolté et les deux bourgeoisies

A mon regretté compatriote, camarade et ami Jacques Tiwa, assassiné en pleine rue, d’un mitraillage à bout portant par l’armée de Paul Biya, le 28 février 2008 à Douala.
A tous les autres martyrs de la justice et de la liberté au Cameroun.
A tous les prisonniers politiques des geôles saturées du Cameroun.



      Le Cameroun n’est-il pas ce havre de paix et de stabilité dont l’Afrique Centrale a besoin pour s’excepter des décennies d’agitation politique qui la rythment ? Les camerounais ne sont-ils pas chanceux quand on voit ce qui s’est passé ou se passe dans les deux Congo, en Centrafrique, au Nigeria, au Tchad ou au Niger ? Le bon sens apparent qu’insinuent ces questions récurrentes dans le discours officiel du régime de Yaoundé se heurte au bilan dramatique des journées d’émeutes qui se poursuivent en cette fin de mois de février 2008 au Cameroun. Le cortège des citoyens assassinés par les régimes successifs et solidaires d’Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya continue de s’allonger. Aux morts superflues et anonymes suscitées par les politiques criminelles d’impuissance et de courte vue de ces régimes, s’ajoutent devant les écrans de télévision et sous le flash impromptu des téléphones portables, les morts ostensibles provoquées par la soldatesque antipatriotique au Cameroun lors des manifestations légitimes de la population contre la vie chère, contre les coupures intempestives d’eau et de courant, contre la corruption des administrations et des forces de sécurité, contre les tricheries aux concours, contre l’abandon de la majorité à la misère, contre les élections constamment truquées, contre l’illégitimité structurelle et le cynisme sans bornes des régimes néocoloniaux Ahidjo et Biya. Comment comprendre cependant l’extraordinaire dispersion des revendications, des motifs de colères et peut-être ou sûrement des objectifs que poursuivent les populations révoltées ? Tel est le défi que les journées tragiques(1) de février 2008 lancent à notre intelligence. Nous comptons montrer qu’en réalité dans cette affaire, il y a deux petits larrons et une immense victime.

Le concept de crise(2) peut être convoqué pour clarifier ce qui se donne aujourd’hui en manifestations disparates. Il y a crise là où les anciennes réponses que l’on donnait aux problèmes ne fonctionnent plus. Il y a crise là où la tradition échoue à expliquer et féconder la modernité. Il y a crise quand ce que demande le présent n’est plus disponible dans ce qu’offre le passé. Il y a crise quand le passé ne passe plus, quand l’avenir n’est plus ouvert. La crise est dès lors moment de rupture ou de cassure, de révolution ou de réforme, car de la manière dont elle est jugulée, dépendront la nature et la consistance des relations humaines nouvelles qui s’instaureront. Dans les conditions de crise, l’échec d’une société à affronter l’imprévisible présent se traduit par des convulsions qui se disséminent dans tout le corps social, notamment aux endroits où les réponses font le plus cruellement défaut. Dans le cas du Cameroun, le bât blesse au niveau de l’exercice de la souveraineté populaire, au niveau de la répartition des ressources économiques et au niveau de la production de l’intelligence collective. En réalité, trois crises concomitantes traversent le Cameroun depuis sa naissance néocoloniale : une crise politique, une crise économique et une crise socioculturelle. Ce sont ces trois crises qui forment le triangle infernal camerounais et qui rejaillissent en lame de fond des colères qui traversent les populations, échappant par principe à la thèse sommaire et cynique du régime de Yaoundé, qui crie comme d’habitude à la manipulation des manifestants par des apprentis sorciers tapis dans l’ombre.

La crise politique(3) tient à l’illégitimité structurelle des institutions politiques héritées du colonisateur français. L’indépendance du Cameroun a été en réalité un arrangement entre la France gaullienne et les camerounais qui lui étaient fidèles. Le Cameroun moderne a été confié à ceux des camerounais qui n’en voulaient pas l’indépendance. Il s’en est suivi depuis les années 60 une série d’élections truquées qui ne traduisent quasiment jamais l’expression réelle de l’opinion citoyenne. Il s’en est suivi des institutions qui sont caporalisées par une minorité politique et démographique évidente. La police, la gendarmerie et l’armée nationale ont de ce fait été retournées – par des salaires exceptionnels et par un laxisme envers le rançonnement du peuple- contre les populations qu’elles sont passées expertes dans l’art de mater, d’intimider et d’assassiner. Les institutions politiques camerounaises sont donc essentiellement assises sur un agenda permanent de la terreur récurrente et prospective. Le gouvernement, l’assemblée nationale, le Sénat, les ministères, les ambassades, les entreprises d’Etat, fonctionnent tous comme des rouages d’un vaste projet anti-populaire. Le contact du citoyen lambda avec n’importe laquelle de ces institutions se fait toujours sous les registres de l’intimidation, du stress, de la peur-panique, de la jérémiade, de la pitié, de la supplication et de la vénalité. Le peuple camerounais est humilié tous les jours par ses supposées propres institutions. Qui ne sait pas aujourd’hui qu’il existe un lien intangible entre le respect des libertés politiques fondamentales et le développement économique durable d’un pays ? Qui douterait encore de l’impact de la crise politique originelle du Cameroun sur la crise économique qui atteint son point paroxystique dans ce pays ?

Certes, le pendant de cette terreur politique structurelle a été pendant un temps le maquillage de l’incurie qui présidait aux politiques économiques(4) de l’Etat néocolonial par l’usage jouissif des recettes de l’économie nationale. Sous Ahidjo, ce fut la politique des plans quinquennaux qui en réalité masquait fort mal l’improductivité massive de l’économie, entièrement consacrée à l’économie de prélèvement dictée via la France par les superpuissances internationales. Pour le dire en un mot, les régimes Ahidjo-Biya ont constamment bouché le trou par le trou, la dette par la dette. Jamais, ils n’ont réussi à faire développer durablement le Cameroun grâce à l’usage équilibré des recettes et des besoins réels du Cameroun. Le gaspillage, l’imprévision, le vol ostentatoire, sont les maître-mots de l’exercice du pouvoir économique au Cameroun. Des groupes socioculturels entiers fêtent fiévreusement chaque nomination de ministre dans l’espoir pervers d’accéder à leur tour à ces espaces de haute criminalité économique. L’histoire des recettes pétrolières du pays suffit à elle seule à le montrer. Elles furent entièrement une affaire présidentielle jusqu’à l’orée des années 2000 et l’on sait qu’elles le demeurent en grande partie encore, malgré la pression exercée par les bailleurs de fonds internationaux pour qu’il n’en soit plus ainsi. Aujourd’hui, en février 2008, alors que dans leur mirobolante généralité les indices macroéconomiques(5) – croissance à 2,5%, classement en PPTE avec exonération de dettes, production pétrolière bon marché, recettes de douane en croissance régulière, etc.- pouvaient laisser espérer une réelle amélioration du quotidien des camerounais, le constat de paupérisation généralisée est sans appel : les hôpitaux sont des mouroirs ; le chômage frappe pratiquement plus de la moitié de la population et notamment les jeunes diplômés des universités ; les maladies endémiques fauchent par milliers ; le système éducatif est en dégénérescence continue et le gouvernement revendique fièrement les forts taux d’échec aux examens et concours ; la corruption se généralise et s’éternise, malgré les incantations soporifiques du pouvoir . Les richesses naturelles du Cameroun ne profitent donc pas aux populations. La croissance économique non plus.

Ainsi se structure la lame de fond de la crise sociale. Cette crise se caractérise par deux phénomènes concurrents et concomitants. D’une part une division socioculturelle de la population déterminée par les appartenances de base, et d’autre part, une division socioculturelle déterminée par la condition économique, l’une ne coïncidant pas toujours avec l’autre.
En effet, devant la faillite de l’Etat, la réponse de quantité de citoyens consiste dans le repli vers les identités culturelles enracinées dans les liens du sang et du sol local. La culture nationale ayant failli dans son devoir de donner au citoyen une surface de reconnaissance suffisante de son statut de personne humaine, il s’est recroquevillé à l’étage du dessous : la famille et le lien socioculturel deviennent repères exacerbés, ultimes bouées de sauvetage, terreau du tribalisme d’Etat. Ce clanisme de survie se ramifie de façon variée dans la société camerounaise entière, du sommet à la base. Au sommet, il s’agit d’une solidarité du sang(6) servant de cordon de confiance supplémentaire entre barons du pouvoir. Certaines associations tribales secrètes et parfois publiques ont pour but de ritualiser ce cordon de confiance, en l’ancrant dans les soubassements psychiques de leurs partisans. D’où par exemple, au sommet de l’élite politico-administrative le resserrement des manettes du pouvoir politique, administratif et militaire entre les mains d’une certaine élite Bulu, groupe sociolinguistique de Paul Biya. D’où au sommet des structures d’entreprises privées, le resserrement de la sélection tribale en fonction de l’origine des détenteurs du capital. A la base de la société camerounaise, il s’agit de l’ultime recours du citoyen lâché par l’Etat, qui s’accroche à la référence tribale pour accéder à quelque dividende. Mais il s’agit aussi d’un mécanisme utilisé par les élites tribales pour instrumentaliser leurs concitoyens par le biais de la demande de couverture sociale tribale qu’ils formulent malheureusement eux-mêmes.
La bourgeoisie administrative et politique maille en outre la société camerounaise par l’instrumentalisation des chefferies traditionnelles, instances supplétives de l’ordre colonial et néocolonial qui relaient sans cesse les projets stratégiques de leurs donneurs d’ordres de Yaoundé. Une longue tradition de manipulation stratégique et cynique de l’autochtonie date ainsi des traités des Chefs Duala en 1884 aux déclarations pompeuses des Chefs Sawa pour le droit du sang ces dernières années. Elle mobilise les arguments nativistes pour contourner le droit républicain et s’assurer des positions de rente au sein même de la société camerounaise moderne. Les poches de féodalité ainsi entretenues par le pouvoir sont repérables : ce sont les lamibés du Nord, de longue date bénéficiaires du parti pris historique des Chefs de Rey Bouba pour le colonisateur français, après qu’ils aient obtenu un système de contrôle indirect dès le protectorat allemand ; ce sont ceux des chefs féodaux de l’Ouest-Cameroun qui jouent, au moins par opportunisme, le jeu du pouvoir, avec comme point d’ogre le sultanat Bamoun du très fidèle biyaïste Ibrahim Mbouombouo Njoya ; ce sont les chefs sawa fidèles au RDPC, qui de saillie en saillie, s’évertuent, sur commande du pouvoir, à faire passer les colères de populations du littoral pour des nuisances d’allogènes et à ostraciser ainsi la lutte du peuple camerounais pour la justice. Enfin, le tribalisme ordinaire est un ersatz de ces deux mécanismes d’amont et d’aval, mais aussi de la propagande nocive de certaines chefferies, que le citoyen lambda introjecte et répercute sous la modalité de l’habitude de vie. Le cogito tribaliste ordinaire est formulable dès lors ainsi : « mieux vaut « nous » qu’ « eux », car par les temps qui courent, si on se sent mieux entre soi qu’avec les autres, c’est parce que, au fond, nous n’avons aucun intérêt général qui nous lie ».

Mais au même moment, par ailleurs, sont aussi apparues deux sortes de bourgeoisies(7) :1) une bourgeoisie industrielle et commerçante d’une aisance matérielle indiscutable, qui doit d’abord son succès au génie entrepreneurial de certains citoyens, mais qui a en outre plus ou moins profité de la corruption régnante du régime avec lequel elle pactise pour l’essentiel, soit par conviction, soit par instinct de conservation ; 2)une bourgeoisie politique administrative insolente et criminelle ( faite d’hommes et de femmes politiques au pouvoir, de militaires, de policiers, de douaniers à la retraite ou en exercice, de fonctionnaires divers repus de corruption ; faite d’anciens ou nouveaux ministres, d’énarques, de directeurs de sociétés parapubliques, de cadres de l’administration économique, d’hommes de main de ces différents groupes, etc.). Cette bourgeoisie administrative fait fleurir çà et là au Cameroun, en plus des comptes en banque pleins à craquer planqués et de nombreux biens immobiliers à l’étranger, des châteaux par centaines, des véhicules de luxe, des propriétés locatives, des entreprises sous prête-nom, parfois même des banques régionales, etc. ! 3) Ces deux bourgeoisies bénéficient du parapluie sécuritaire international de la France, par les accords économiques et les accords politiques qui les lient à sa puissance tutélaire. Le système de la Françafrique constitue ainsi l’ultime bouclier de leurs forfaitures. Remarquons au passage cependant que la bourgeoisie politique et administrative est davantage liée à la Françafrique que sa concurrente, qui, en commerçant volontiers avec la Chine et les pays de l’Asie du Sud-Est, cherche à créer un contrepoids efficace au poids stratégique de l’Hexagone pour sa rivale. Face à ces deux sortes de bourgeoisies, désemparé et avili, le peuple clochardisé des ouvriers de l’industrie, des paysans, des petits commerçants, des cadres moyens et des petits employés de l’administration, des chômeurs sans qualification et avec qualification, des enfants de la rue, des sans domicile, des sans- terre, etc. se cherche des issues. Remarquons donc ici que chacun des deux pans de la bourgeoisie camerounaise n’hésite jamais à se servir des colères des masses pour affaiblir sa rivale dans le projet de contrôler les manettes politiques et économiques du pays après-Biya. S’il y a manipulation, ce n’est jamais directement, par une conviction idéologique affirmée et assumée devant le peuple, qui a vomi toutes les bourgeoisies camerounaises depuis belle lurette. S’il y a donc manipulation, c’est par la récupération des colères populaires pour tenter de les retourner contre l’adversaire. La preuve ? Les discours des deux figures de proue de la bourgeoisie en compétition suite aux événements tragiques de février 2008 l’attestent. Le chef visible de la bourgeoisie administrative et politique, Biya, partage la même analyse de fond que le chef visible de la bourgeoisie industrielle et commerçante, Fru Ndi : tous voient dans ces colères un enjeu de conquête du pouvoir central. Fru Ndi estime que les populations sont surtout fâchées contre le pouvoir parce qu’il veut modifier la Constitution. Ainsi, il est bien question de la conquête du pouvoir d’Etat, trace viscérale du thème de la stolen victory des élections de 1992 si chère à Fru Ndi. De son côté, Biya estime que ces populations ont été envoyées par ses opposants pour le chasser du pouvoir. Aucun des deux camps concurrents de la bourgeoisie n’insiste suffisamment sur la crise économique, sociale et politique dont ces colères sont l’expression désordonnée. Aucun clan de la bourgeoisie n’a donc osé assumer ces colères populaires, parce que bien comprises, elles supposeraient la remise en cause radicale du vieux deal entre la bourgeoisie industrielle et commerçante et sa rivale politico-administrative.

Quelle géostratégie sociopolitique en résulte donc et comment éclaire t-elle la révolte camerounaise actuelle ? Remarquons qu’il n’y a donc plus que trois classes sociales concurrentes au Cameroun, chacune étant différenciée par des facteurs spécifiques : la bourgeoisie industrielle et commerçante, la bourgeoisie administrative et politique, le prolétariat des campagnes et des villes, qui a absorbé ce qu’on appelait encore classes moyennes il y a 20 ans ( enseignants, petits cadres commerciaux, etc.). Nous constatons que les deux premières classes sociales sont fragilement fédérées au sein du RDPC et des partis de sa mouvance d’une part, et en partie tout au moins, dans le SDF et ses alliés d’autre part. Le peuple clochardisé quant à lui est faiblement mobilisé dans quelques syndicats progressistes et dans ce qui reste du noyau originel de l’indépendantisme camerounais, l’UPC dite des fidèles et ses alliés. Cette dernière est, à notre connaissance, le seul regroupement politique qui se soit battu et se batte encore pour la résolution concomitante des trois crises structurelles du Cameroun : crise de souveraineté politique, crise de justice économique, crise d’intelligence socioculturelle. Ce schéma tolère cependant qu’on admette dans chacun de ces regroupements, la présence plus ou moins consciente de soi, de rares éléments des autres groupes stratégiques. Ainsi, il y a sans doute des prolétaires au SDF, au RDPC, comme dans l’UPC patriotique. Mais c’est inconsciemment, à notre avis, qu’ils appartiennent aux deux formations politiques de la double bourgeoisie que nous avons indiquée. Il y a sans doute quelques bourgeois appartenant, pour des raisons de prévoyance et d’opportunisme politique, aux trois principaux regroupements politiques. Enfin, nous n’excluons pas ceux des bourgeois camerounais qui ont honnêtement gagné leur fortune, et qui s’engagent consciemment chaque jour à renoncer à certains de leurs avantages de classe au profit d’une plus grande justice politique, économique et socioculturelle dans le pays. Cela dit, ce qui manque au courant patriotique de l’UPC des fidèles, stratégiquement minoritaire et pourtant potentiellement majoritaire du fait de sa solidarité réelle avec les revendications légitimes du peuple, ce sont des cadres pour éduquer politiquement le peuple en lui apprenant à mieux articuler ses propres contradictions dans un projet national pertinent, des moyens financiers, un projet idéologique limpide et une organisation de masse intrépide.

La bourgeoisie industrielle et commerçante du Cameroun a de tout temps pris sa carte de l’UNC – RDPC et Cie, pour pouvoir faire tranquillement ses affaires et se prémunir au passage des foudres éventuelles du fisc. Elle était à peu près tranquille tant qu’elle n’était pas trop concurrencée sur le terrain économique national et international, par la bourgeoisie administrative et politique qui est restée longtemps discrète et qui aujourd’hui veut contrôler la bourse et le sceptre. Pour le dire autrement, un homme d’affaires véreux pouvait autrefois acheter un haut-fonctionnaire des finances ou un ministre pour contourner une pénalité. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit. Un ministre quelconque ou un haut-fonctionnaire des finances peuvent acheter un homme d’affaires, voire entretenir des hommes d’affaires de pacotille. Les politiques au pouvoir font désormais et les règles de la finance nationale et le jeu de celle-ci. Le système d’attribution des marchés publics –grand domaine de prédation des bourgeois d’Etat- en est une parfaite illustration. Ceux qui font les appels d’offres sont de plus en plus ceux qui y répondent, bien souvent sous des prête-noms faciles à démasquer. Des anciens et nouveaux ministres ou hauts cadres de l’Etat sont en effet aujourd’hui en capacité de concurrencer économiquement les meilleurs fleurons de la bourgeoisie industrielle et commerçante camerounaise. La bourgeoisie industrielle et économique craint de perdre sa suprématie dans le terrain de l’avoir, au profit de sa concurrente administrative et politique qui n’est pas exempte d’une volonté de rattrapage stratégique à ses détriments. Cette bourgeoisie industrielle et commerçante est de fait plus proche du bas-peuple, qu’elle emploie et côtoie dans son activité de production, mais qu’elle exploite bien souvent aussi, à la fois économiquement – par les fort bas salaires qu’elle lui verse- et politiquement, - quand elle l’aide à déstabiliser la bourgeoisie administrative et politique pour continuer d’avoir les coudées franches devant celle-ci. Pour le dire simplement, des industriels et hommes d’affaires camerounais veulent aider le bas-peuple à affaiblir la bourgeoisie politico - administrative pour qu’à son tour la bourgeoisie politico- administrative n’affaiblisse pas la bourgeoisie industrielle et commerçante. La réponse du bas-peuple camerounais à cette sollicitation récurrente dépendra de l’état des organisations politiques qui focalisent et modélisent ses aspirations. Nous y reviendrons.

La bourgeoisie administrative et politique, empiffrée de ses nombreux détournements juteux et rompue aux camouflages de la haute finance internationale, prépare activement l’après -Biya – car il ne lui est pas passé inaperçu qu’il est plus proche de la tombe que du berceau . Cette préparation se fait cependant, nous semble t-il, dans deux directions contradictoires et concomitantes : d’une part, il s’agit d’envisager de lui succéder et dès lors il y a grand intérêt à ce qu’il ne modifie pas la Constitution de 1996, qui dessinait les grands axes du partage du pouvoir au sein de la bourgeoisie administrative en cas de décès de Paul Biya. Ainsi, les débats parfois spécieux de certains constitutionnalistes camerounais d’horizons divers sur les possibilités formelles dont le texte constitutionnel- qui est un chiffon de Biya pour Biya et par Biya-, ne sont rien d’autre qu’un appendice des discussions au sein de la bourgeoisie administrative et politique camerounaise. Ces débats sur le contenu de la Constitution de 1996 visent le peuple camerounais mais ne le concernent pas. La raison en est simple et évidente : le peuple camerounais n’a jamais eu l’initiative constitutionnelle. Il en a toujours été privé par la violence d’Etat. Il n’a jamais exercé sa souveraineté en bonne et due forme, en raison du vice de légitimité des institutions. L’imaginaire constitutionnel dans un tel contexte ne saurait donc être le seul apanage des experts universitaires en droit public ou des détenteurs de l’exécutif, sans s’enfermer dans les représentations tronquées de la clique dominante. Ce n’est donc pas non plus un hasard si pour le leader du SDF, Ni John Fru Ndi, l’intention de modification de la Constitution de 1996 par Paul Biya pour s’éterniser au pouvoir, constitue la principale cause de la présente révolte de février 2008. Cette réduction de la crise au différend constitutionnel cache mal la solidarité de Fru Ndi avec les problématiques internes à la concurrence des deux bourgeoisies qui enserrent le peuple camerounais. Suffira t-il en réalité que Biya ne se représente plus aux élections pour que le problème national camerounais soit réglé ? Bien naïf qui répondra par l’affirmative. La restitution au peuple Camerounais du droit de se constituer lui-même une Loi Fondamentale a été ratée en dernière date lorsque de façon méprisante et violente, lorsque debout sur les cadavres des citoyens assassinés par sa soldatesque, Biya a rejeté la revendication majoritaire et populaire d’une Conférence Nationale Souveraine(8) au début des années 90. La misère du grand nombre ne sera prise à bras le corps que quand le peuple lui-même retrouvera et assumera son imprescriptible droit de se constituer en Etat de droit. Or qu’en est-il de cet immense prolétariat qui gronde désormais plus que jamais au Cameroun ?

Le pauvre, le proles pur et dur, si bien thématisé par Marx, existe et prolifère bel et bien au Cameroun. Un nouveau prolétariat camerounais, constitué par le tassement de l’ancienne classe moyenne vers le bas, est offert à toutes les prédations du fait de la faiblesse des organisations politiques qui seules peuvent réellement prendre à bras le corps le destin collectif national. Cette déréliction du prolétariat se lit dans le délabrement physique des personnes, mais aussi dans leur appauvrissement intellectuel et dans leur grande fatigue psychologique. Offertes à la faim, à la maladie, à l’impécuniosité extrêmes, les personnes sont malléables et corvéables à merci. Ce prolétariat camerounais est désemparé d’abord par la misère matérielle sans pareille dans laquelle baigne l’écrasante majorité de la population. Quelques exemples saillants effraient : ll arrive ainsi à un enseignant d’université d’emprunter de l’argent chez une vendeuse de beignets ! Il arrive ainsi à un cadre de la poste d’aller s’endetter chez un petit porteur de bagages ! Il arrive parfois à un commercial d’entreprise d’aller s’aliéner chez un cordonnier de son quartier. La prostitution des jeunes non scolarisés et scolarisés, l’effondrement de l’autorité parentale dans les familles déboussolées par la misère, etc. crée un contexte de corruption et de veulerie généralisée où les rares sujets moraux qui résistent passent pour des psychopathes. Des diplômés de l’Université, de niveau Bac+5, sont payés à 50mille francs CFA – environ 76 euros- le mois, par des employeurs véreux qui les remplacent aisément dès qu’ils bronchent…
Ce prolétariat camerounais est par conséquent dans l’incapacité handicapante de se concentrer pour apprendre et comprendre ce qu’il vit. Les camerounais de tous âges connaissent maintenant trop le dicton « ventre affamé n’a point d’oreilles ». Ceci n’est plus vrai des seules personnes sans qualifications ni diplômes, ou sans métier. Ceci est cruellement le cas de ceux-là même qui doivent enseigner au peuple, transmettre des modèles vivants de réussite par l’apprentissage et le mérite. Des maîtres d’école, des professeurs de lycée et d’université se retrouvent en incapacité de se documenter, de se loger, soigner et nourrir décemment, eux et leurs familles, de lire un livre, d’en écrire, de faire partager leur joie intellectuelle à leurs publics . La morgue hante la culture camerounaise, car ceux qui devaient penser ne croient plus ou très peu en la dignité de la pensée. Ils en effet vivent l’expérience quotidienne de leur insignifiance. Difficile, fut de tous temps et en tous lieux, la démarcation du misérable dans et devant sa misère.
Les associations politiques patriotiques et universalistes, plus ou moins cristallisées autour de l’UPC des fidèles dirigée par Samuel Mack-Kit et Moukoko Priso sont ainsi coupés par la misère rampante des bases populaires qui peuvent les nourrir. Certains des partis satellites de la mouvance de l’UPC s’émancipent ostensiblement de son projet originel, déçus et échaudés par les persécutions ouvertes ou tacites dont ce mouvement fait l’objet de la part des deux bourgeoisies concurrentes et par la longue histoire de querelles internes entre authentiques et crypto-upécistes. L’éventail démographique de leur échantillon de cotisants s’est rabougri comme le portefeuille de bien des camerounais s’aplatissait. Les organisations patriotiques cristallisées autour de l’UPC des fidèles sont en outre privées du soutien de la bourgeoisie industrielle et commerçante d’une part, et constamment harcelées par la bourgeoisie administrative et politique. Ceci augmente leur illisibilité et leur invisibilité aux yeux des organisations patriotiques d’autres pays qui de ce fait, leur viennent moins aisément en aide. La conscience prolétarienne camerounaise demeure ainsi diffuse et confuse. Ce qui atteste bien de cette passe difficile pour l’immense majorité du peuple, c’est l’attitude du pouvoir et de son ombre chaque fois que l’UPC renoue le lien éducateur et mobilisateur qui s’impose avec les populations paupérisées, lien qui leur manque si cruellement en ce mois de février 2008. A chaque jonction pertinente entre les patriotes éclairés et le peuple, répond la logique impitoyable de persécution et d’ostracisme imposée à l’UPC patriotique par les forces des deux bourgeoisies de 1960 à nos jours : harcèlement psychologique, infiltrations de taupes, brutalités policières, emprisonnements, privations économiques, restriction du droit de circulation sur le territoire, arguties administratives et procès fantasques, assassinats politiques, intimidations de toutes sortes, emprisonnements arbitraires et intempestifs, les militants de l’UPC patriotique ont de tout temps battu le record des violences subies de la part de l’Etat néocolonial camerounais. De son côté, la bourgeoisie industrielle et commerçante a souvent fait sa part du travail de sape contre les vrais patriotes : contre-propagande mensongère auprès des populations, tentatives de corruption diverses, récupération et infiltration de cadres, tentatives d’instrumentalisation politicienne du radicalisme nationaliste, insinuations ethnicistes et mensongères sur la composition de l’UPC authentique, etc. Ces deux bourgeoisies sont donc au moins d’accord sur une chose, comme le signale bien Moukoko Priso dans son ouvrage de 1994 :
« L’axe de cette politique consiste en ceci : on reprend la manœuvre de 1960, en suscitant une « UPC légale », qu’on reconnaît comme la seule UPC autorisée ; on la prend avec soi, comme M. Mayi Matip en 1960, mais cette fois, y compris au gouvernement. En même temps, on fera tout pour empêcher l’UPC véritable ( celle qui lutte pour la démocratie, l’indépendance véritable, le bien-être du peuple, etc) de fonctionner légalement. »(9)

La ficelle de l’exploitation du peuple camerounais est trop bien grosse et connue. La désaffection des hommes politiques de ces deux groupes par le peuple est massive. Aucune des deux bourgeoisies n’a donc objectivement intérêt à voir cette conscience du peuple exploité se cristalliser, se structurer et triompher, car cela signifierait la naissance d’une nation nouvelle, dont la justice politique, économique et sociale transcenderait les seuls intérêts des bourgeoisies concurrentes. Or c’est au prix d’une telle émergence que le Cameroun peut devenir un réel Etat de droit, produire une société d’économie durable et un réel havre de civilisation.

Concluons donc pour l’heure : il y a deux sédimentations historiques qui expliquent la révolte de février 2008 : d’abord la triple crise de longue durée que traverse le pays depuis son indépendance détournée avec la complicité active et criminelle(10) de la puissance coloniale française dès 1960 ; ensuite la facile instrumentalisation des colères populaires, légitimes et répétitives par les deux bourgeoisies héritières de l’ancienne architecture coloniale du pays ; enfin l’incapacité actuelle des progressistes camerounais, théoriquement mais non pratiquement fédérés autour de l’UPC des fidèles, à focaliser et cristalliser les aspirations légitimes de la majorité populaire sous forme d’un projet d’Etat de droit et de développement économique durable dans une véritable civilisation éthique. La dispersion de cette révolte indique qu’il reste un vide béant au cœur de l’opposition camerounaise : ce vide appelle la renaissance d’un vaste mouvement de patriotes éclairés par un projet objectif et des moyens assurés. Seule l’UPC des fidèles conserve la cohérence de discours et d’action nécessaire pour impulser cette dynamique. Elle seule a jusqu’ici fait ce qu’elle disait et dit ce qu’elle faisait. Cette renaissance suppose une alliance de cœur et de raison entre les éléments demeurés patriotiques dans les armées, dans les administrations, les entreprises et dans l’immense corps social meurtri. Il est plus que jamais clair que le Cameroun ira de convulsion en convulsion, si l’élite patriotique et universaliste ne se retrousse pas les manches pour tirer du cambouis des confusions partisanes actuelles, une société juste et efficace. Une telle clarté de vision subjective doit se faire parmi tous les patriotes camerounais universalistes et authentiques, et se traduire objectivement par la renonciation à la dispersion des associations patriotiques et leurs retrouvailles fécondes dans le creuset indiscutable de « l’âme immortelle du peuple camerounais ». Sinon, ce sera comme depuis l’aube funeste de la colonie : le cortège de morts méprisés s’allongera au Cameroun, dans un innommable cauchemar éveillé. Il appartient incontestablement aux patriotes camerounais de conjurer ce mauvais sort. Le messie du peuple, c’est bel bien le peuple organisé contre ses bourreaux. Ne cherchons plus midi à quatorze heures. Soyons réalistes, exigeons l’impossible !

(1) Madeleine AFITE, Coordinatrice de l’ACAT-Littoral et de la Maison des Droits de l’Homme du Cameroun, dénombre près d’une centaine de morts et de blessés graves pour la seule région de Douala. Plus de dix villes principales camerounaises ont été touchées par ces manifestations vigoureuses. Voir en ce sens l’ Appel International, lancé dans l’après midi du 28 février 2008 sur le site camerounais d’informations bonaberi.com. par les organisations des Droits de l’Homme. Dans son discours en date du 25 février, Paul Biya, le président du Cameroun, a simplement qualifié ces morts de regrettables, les imputant cyniquement à ceux qu’il appelle sans les nommer sous l’expression « d’apprentis sorciers qui tirent les ficelles dans l’ombre ».

(2)Nous donnons à ce concept l’épaisseur que lui confère l’analyse de la philosophe germano-américaine Hannah Arendt dans La crise de la culture (Paris, Gallimard, 1972, p.225) : « Une crise nous force à revenir aux questions elles-mêmes et requiert de nous des réponses, nouvelles ou anciennes, mais en tout cas des jugements directs. Une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons par des idées toutes faites, c’est-à-dire par des préjugés. »

(3)Achille Mbembé, historien camerounais, analyse les péripéties de la naissance de la néocolonie camerounaise dans deux ouvrages majeurs : La naissance du maquis dans le sud-Cameroun (1920-1960). Histoire des usages de la raison en colonie, Paris, Karthala, 1996. Voir en particulier la Ière partie, « Empirismes », pp. 41-104 ; Le problème national kamerounais, L’Harmattan, Paris, 1984. On peut aussi consulter le témoignage précieux de Gaston Donnat, Afin que nul n’oublie, Editions L’Harmattan, Paris, 1986 ; enfin, le célèbre essai de l’écrivain Mongo Beti, Main Basse sur le Cameroun, Maspéro, Paris, 1972.

(4)Moukoko Priso, théoricien et acteur engagé du nationalisme camerounais, actuellement secrétaire général de l’UPC ( Union des Populations du Cameroun), premier et seul grand parti authentiquement indépendantiste du Cameroun depuis 1948, a montré l’inanité des politiques économiques des régimes Ahidjo puis Biya dans son dernier ouvrage de référence, Cameroun/Kamerun : La transition dans l’impasse. On peut lire avec intérêt le Chapitre I, « Le Kamerun pendant les années 1980 », pp. 19-46 où l’auteur montre, chiffres officiels à l’appui, l’immense gaspillage des richesses de la nation par l’oligarchie néocoloniale Ahidjo-Biya.

(5)Les statistiques économiques relevées, par exemple, par le rapport du Centre d’informations géopolitiques de la Commission des Recours des Refugiés ( CRR), Agence Officielle française, pour l’année 2005 et les précédentes sont aussi positives que la situation concrète des camerounais est calamiteuse. Dans le même rapport, consultable sur le site internet du CRR, les auteurs notent, non sans pessimisme, les violations flagrantes des droits économiques, sociaux et politiques des citoyens camerounais. Voir http://www.commission-refugies.fr. Un hiatus innommable sépare ainsi le Cameroun en chiffres du Cameroun en chair et en os. Dans un célèbre article prémonitoire intitulé « La déchéance camerounaise », le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga observait déjà en octobre 1992 : « Un homme venu d’ailleurs ne peut qu’être déconcerté de ceci : au terme de dix ans d’un gouvernement qui est un échec patent, qui est un désastre ayant fait du Cameroun un pays sinistré socialement et économiquement, s’enlisant dans la pauvreté absolue et l’anémie, le Président sortant sollicite les suffrages pour un mandat de cinq ans, afin, dit-il sans ironie, de mener à la perfection son grand œuvre. » Voir Lignes de résistance, Editions Clé, Yaoundé, 1999, p.53. Le Cameroun est rentré dans les années 2000 avec de bien sinistres trophées : deux fois pays le plus corrompu du monde selon les évaluations de l’ONG Transparency International ; admis, à la demande pressante du Gouvernement Camerounais qui s’en est réjoui avec tambours et Champagne, par les Institutions Financières Internationales au rang de Pays Pauvre Très Endetté (PPTE). L’oiseau de Minerve du philosophe s’est vraiment levé à l’aurore de notre crépuscule !

(6)Une belle illustration de ces manipulations ethnicistes du problème national camerounais est offerte en dernière date dans une déclaration de projet génocidaire faite dans les colonnes du Quotidien Officiel Cameroon Tribune du Lundi 3 mars 2008, par des prétendues Forces Vives du Mfoundi, en réalité par un groupe de militants du pouvoir ressortissants de Yaoundé. Ils menacent en pleine république de se constituer en milice pour chasser de la capitale ceux de leurs concitoyens qui manifestent contre la misère et les nombreux crimes du pouvoir.

(7)Je m’inspire en le réformant pour cette classification, du modèle de la structure sociale camerounaise élaboré par Moukoko Priso, dans son ouvrage précédemment cité. La notion de « clan ethnique bourgeois » mobilisée par l’auteur (p.57) comporte peut-être le risque de suggérer qu’il y a autant de bourgeoisies que d’ethnies comportant des groupes de bourgeois. Auquel cas, il pourrait y avoir une centaine de bourgeoisies à tout le moins au Cameroun si l’on tient compte du nombre de groupes sociolinguistiques et de leurs oppositions internes. Hypothèse absurde. D’autre part, la situation socioéconomique de l’ancienne petite-bourgeoisie camerounaise s’est suffisamment dégradée au point qu’elle est retombée dans le prolétariat. Moukoko Priso prévénait déjà cette petite-bourgeoisie du sort que la politique économique de Biya lui préparait au ébut des années 90. Les coupes salariales drastiques subies par les fonctionnaires et inspirées des PAS (Politiques d’ajustement structurel du FMI) leur ont depuis lors enlevé tout espoir sérieux en ce régime. Je propose donc de penser la bourgeoisie camerounaise à partir de l’opposition principale qui la traverse de manière plus nette depuis que la petite-bourgeoisie s’est effondrée dans le prolétariat des campagnes et des villes. Il y a deux bourgeoisies concurrentes, mais qui structurent leurs cercles en groupes concentriques qui n’hésitent pas, au besoin, à mobiliser le lien tribal pour fidéliser leurs alliances stratégiques. Ce clientélisme tribal est cependant décrit à merveille par Moukoko Priso, de même que le jeu des puissances étrangères dans la géostratégie camerounaise. Voir Camerun/Kamerun, op. cit. pp. 54-63.

(8)Voir sur le phénomène des Conférences Nationales Africaines, le livre très instructif du philosophe Fabien EBOUSSI BOULAGA, Les conférences nationales en Afrique : une affaire à suivre, Paris Karthala, 1993.

(9)Moukoko Priso, Op. Cit. p. 79.

(10)Un film récent du belge Frank Garbely, sur l’assassinat de Félix Rolland Moumié, Président de l’UPC dans les années 60, montre l’implication évidente des services secrets français dans ce crime à travers l’agent secret Bechtel, empoisonneur de Moumié dont le corps a comme par miracle disparu de son sépulcre de Conakry en Guinée, où une enquête judiciaire en requérait l’exhumation. Ceci rafraîchit bien la mémoire des révisionnistes tapis dans la bonne conscience franco-française, fière des bienfaits prétendus de la colonisation. On peut s’en édifier en consultant les travaux de l’Association Survie, sur le site survie-France.org.

 

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